Mouri Bourbon, lévé Madras…

Aujourd’hui c’est le 20 désam, la fête réunionnaise de la liberté. L’abolition de l’esclave a 166 ans. J’ai retrouvé ce poème dans mes archives qui m’avait beaucoup touchée. Quelle meilleure date pour le partager ici ?

Mourir à Bourbon

J’exige mon billet de retour pour l’Inde,
Car ils nous ont menti pour que l’on vienne,
En soutenant que l’on y cultivait des arbres à tissu,
Que les ânes chiaient de l’or et que le sucre abondait

Rêver de bateau ; Voilà à présent où j’en suis !
Je me consolerais juste d’un coin de cale
Et si je meurs, tant pis,
Les requins se régaleront de ma chair

Pendu à ma branche, ne me crèves pas les yeux
Car en mourant à Bourbon je renaîtrais à Madras
Ici on ne brûle pas nos morts !
Alors laisse-moi pourrir et rejoindre ma caste !

Aux frères cafres, ils auront tenu le même discours
Chantant les louanges falsifiées de ces pays lointains
Où les boules de sucre fleurissaient à foison
Mais là encore, les rêves souillés s’envolent

Alors comment se battre contre ces sangsues
Qui s’engraissent de ma peine et de ma sueur
En y songeant, si nous n’avions pas été là,
Qu’adviendrait-il de leurs usines ?

ARAYE Sully
selon la mémoire des habitants du Portail, La Réunion

Fete cafre La Réunion

En version originale :

Mouri Bourbon

Péyé bato mi sava dan linn
Bana laba la anbétt anou
la di la toil lé sharz si pié déboi
Bourik kaka lor désik trouv an ta

Ala moin la mi rèv grand bato
Minm dann la kal ma aspèr mon ler
Si lo kor trop fèb pr travers gran mèr
Ma nouri rékin si gainye pa tienbo

Parss pa mon zié less moin pendiyé
Kan mouri Bourbon i pé lévé Madras
Dan mon péi mon kor p brilé
Less moin pouri ma sa rode mon rass

Minm mon frér kaf zot la amass manter
La soul lo kor sanm joli kozman
Désik i pouss an boul zot té i prétan
Mé kiska jordi minm pa in loder

Koman batay sanm bann profiter
Nou transpir jordi po nouri zot tèr
Si té pa la min lott koté la mer
Zot jénérater lontan fine perd lér

 

L’usine où j’ai lu ce poème est aujourd’hui un musée, appelé Stella Matutina. Musée et bâtiments alentours, objets de collection, machines industrielles sont encore là. On voit encore les quartiers de esclaves, ceux des « Maîtres ». Quand j’y suis allée il y a quelques années il y avait encore la grande balance de canne à sucre, derrière.

Aujourd’hui La Réunion est une miraculée, une terre de tolérance où chaque peuple se mélange sans heurt. À la tombée de la nuit à St Denis, lorsque l’église du quartier sonne ses cloches, le muezzin appelle ses fidèles à la mosquée. Et moi je fume une cigarette au balcon, et me disant que c’est joli, comme superposition.

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3 commentaires

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  1. Mary Sim

    Le 20 décembre 2014, 14:28 Répondre

    merci pour le partage de ce magnifique poème. J’avais pu être présente un jour de 20 désamb à la Réunion en 2007… J’avais beaucoup aimé toute cette effervescence autour de cette fête à la liberté.

  2. Lélia Bouyaka

    Le 20 décembre 2014, 14:31 Répondre

    Bon fet kaf à zot toute ! (Bonne fête kaf à vous tous ;))

  3. Rory

    Le 20 décembre 2014, 15:37 Répondre

    Très beau texte !
    Comme toi j’adore ces ressentis de mixité des religions, que j’ai pu expérimenter pour le moment en Inde et Indonésie… je trouve toujours cela très beau, en contraste avec toutes les horeurs produites par les extrémismes de tout bord.

    La Réunion a vraiment l’air d’être un endroit fabuleux, riche en histoire, riche de son peuple et de sa nature !

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