Johannesburg, carnet de notes

Il y a des mots comme ça. Embuée par une nuit en pointillés, je sors mon passeport. Le douanier :

How are you ?

Je lui souris, un peu étonnée tout de même et me demandant si j’ai bien compris la question : « Heu… Fine thank you. » Oui je sais ça fait un peu livre d’anglais niveau 6ème. C’est que je m’attendais plutôt à un « Vacances ou travail ? », ou « Combien de temps restez-vous ? ». Mais non. Ce qui lui importe, c’est de savoir si je vais bien ? « And you ? »

Retourner la question déclenche de jolis sourires. Note pour plus tard.

Johannesburg, on the road

Sur la route, on voit les maisons « Mandela », logements sociaux construits par le gouvernement pour les habitants des bidonvilles. De grandes plaines de briques rouge brillantes constellées de panneaux solaires.

Du Cap au Caire

Nous passons au-dessus de l’autoroute qui va du Cap au Caire. Je sais pas vous, mais moi quand j’entends ce genre de choses, c’est comme si on me lançait un défi… du Cap au Caire… ça laisse rêveur, non ?

Johannesburg — Joburg pour les intimes — est étonnante. Elle ferait penser à une sorte de Los Angeles, avec ses grandes artères et la quasi-non-existence de piétons. On y fait tout en voiture, et la ville est très étendue, ce qui fait que tout est un peu éloigné. On a l’impression qu’il faut connaître, être introduit, invité, faire partie d’un cercle d’amis, que sinon beaucoup de choses nous échappent. On dirait qu’il y a des milliers de mini-centres-ville.

Skyline Johannesburg

Dans les beaux quartiers, de nombreuses maisons ou résidences ont de hauts murs avec barbelés, ou fils électrifiés, et les panneaux « Armed response » ne laissent pas la place au doute : il y règne une certaine insécurité. Des vigiles patrouillent. Chacun connaît quelqu’un qui a été agressé ou * Chaîne de supermarchésl’a été lui-même, lors d’un cambriolage, un hold-up au Pick n Pay* du coin… L’écart entre les riches et les pauvres est l’un des plus grand au monde. On y voit des quartiers en centre ville très défavorisés et des banlieues richissimes où les blancs les plus riches se mélangent désormais avec les noirs qui ont fait fortune après l’apartheid.

Nelson Mandela Square, Johannesburg

Quelques pistes pour les voyageurs souhaitant découvrir cette ville immense et peu visitée.

Le Zoo Lake Bowling Club

Très chouette endroit pour boire une bière et écouter de la musique live le soir. Il y a une clientèle mélangée à la fois populaire et aisée, qui vient s’y encanailler. En journée, c’est plus familial. Sinon c’est aussi un vrai club de bowling : pas le bowling que l’on connait, plutôt un bowls club, sur pelouse, à l’anglaise. Ce jeudi soir-là, c’est Carlo Monbelli qui mène la danse et y’a de l’ambiance ! Extrait :

Le Gramadoelas

Restaurant dans son jus très connu à Newtown, qui accueille même des célébrités. La cuisine est de qualité et on trouve à la carte beaucoup de spécialités, dont le bobotie (à base de viande hachée épicée, gratinée au four avec une garniture à base d’œuf et de pain imbibé de lait), les tripes, le filet d’autruche… Il y a un buffet également.

Gramadoelas, Johannesburg

Bobotie, Gramadoelas

Bobotie

Pas mal noté sur tripadvisor

Soweto

Non loin de Johannesburg, le township le plus connu du monde à cause des affrontements anti-apartheid qui y ont eu lieu, est très vivant et en constante mutation. Il est très intéressant d’aller y faire un tour et de voir à quel point la situation évolue doucement mais sûrement. C’est ici que Nelson Mandela est né, Desmond Tutu aussi ; deux Prix Nobel de la paix dans le même quartier, c’est tout de même unique.

Soweto

Je vous livre quelques extraits de mes notes, comme ça, brutes :

Deux hommes trient des cintres dans la poussière sur la bas côté de la route. Un jeune branché se balade, avec des lunettes fluos et un chapeau. Il y a toute une vie sous les lignes à haute tension, on peut y acheter des chèvres (je dis ça… on ne sait jamais). Ça klaxonne tout d’un coup, ce sont les taxis collectifs, ils transportent les gens qui travaillent pour la plupart à Johannesburg. Une grande centrale thermique abandonnée au bord d’un lac. On peut visiblement sauter à l’élastique depuis ses deux énormes cheminées colorées. C’est Vendredi saint, les gens portent des costumes selon leur culte. On voit une dame en robe bleue électrique, une autre en rouge. Les filles vont à la messe en petites jupettes et talons hauts (c’est peu dire). Au feu rouge, des vendeurs de glace. Un homme porte sur sa tête un sac de bouchons en plastique qui paraît aussi lourd que lui.

À l’église Regina Mundi, des chants montent d’une petite pièce sur le côté. C’est la chorale qui répète les chants de la grande messe de 10h. Extrait, enregistré sous le manteau :

À la messe, nous sommes les seuls blancs. Je me sens tout à coup coupable de choses que je n’ai pas faites. Par exemple, tirer sur des gens dans une église : on voit les impacts de balles. Pourtant, on nous a accepté sans problème ici, pas de regards de travers, rien du tout, que des sourires.

Regina Mundi, Soweto

Regina Mundi, Soweto

Il y a une expo photo à l’entrée de l’église. Les enterrements en masse, les dizaines de cercueils alignés. Des moments gais aussi, des gens qui dansent. Les gens ont écrit des messages de paix tout autour ; ça me redonne du baume au cœur.

Soweto, Regina Mundi

Wandie’s place

Wandie’s place est un ancien shebeen, toujours à Soweto, c’est-à-dire un tripot où l’on vendait à l’époque de l’apartheid de l’alcool en toute illégalité. On ne faisait pas qu’y boire bien entendu, on y refaisait surtout le monde, on y dansait, chantait. Aujourd’hui Wandie’s est un restaurant où l’on mange très bien (buffet de spécialités sud-africaines). Il y a souvent un groupe qui joue de la musique, entre les tables. Ça swingue ! Extrait :

Sur le chemin du retour, les grands terrils des anciennes mines d’or nous font un cortège ; la ville de Johannesburg a été fondée autour de ces mines à la fin du 19e siècle. Avant qu’on ne les découvre, il n’y avait que quelques maisons, quelques fermes. Puis des gens de tous pays sont venus, attirés par cet eldorado. C’est sur cette base de cosmopolitisme qu’est fondée la ville, et c’est de là que vient son originalité en Afrique du Sud, et son énergie.

Terrils, Johannesburg

Le Musée de l’apartheid

Un slogan annonce « L’apartheid est à sa place. Dans un musée ». Ça remue, c’est grand, émouvant. C’est à voir. Prévoyez au moins 2 heures. Je n’en dis pas plus.

Apartheid museum

Apartheid museum

Flâner à Melville

Encore une autre facette de Johannesburg. C’est un quartier très sympa, un peu bobo avec ses charity shops, cafés, librairies… Super agréable.

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Melville, Johannesburg

Melville Charity shop

Se promener dans le quartier résidentiel autour des rues animées est très joli aussi, c’est très vert, il y a de nombreux massifs de fleurs, de grands arbres…

Melville, Johannesburg

Quand les jacarandas fleurissent, ils donnent des fleurs violettes et font de magnifiques tunnels de fleurs dans certaines rues.

Street lined with Jacarandas, Joburg

Street lined with Jacarandas, Joburg – Photo © Martie1swart sur flickr

Le Niki’s Oasis

Le soir nous retournons à Newtown, au Niki’s Oasis. Il y a un concert live de jazz avec le saxophoniste McCoy Mrubata. Extrait :

Le Maslow

C’est la grande classe, du 4 étoiles. J’aime bien l’idée de passer du dortoir bon marché à l’hôtel 4 étoiles, d’un voyage sur l’autre. Bien sûr, la bonne excuse c’est que là je suis invitée :) Je vous avoue que je ne serai sans doute pas allée spontanément vers ce genre d’adresse. Mais c’est une chouette expérience ! En plus, j’ai droit à une suite : c’est plus grand que mon appartement à Paris :)

Une baignoire sabot, une grande douche avec tous les jets possibles et imaginables, un bureau, un salon d’angle (!), un lit king size, deux WC.

The Maslow, Johannesburg

Bien, je suis ! Ah oui et y’a une piscine…

The Maslow, Johannesburg

En savoir plus : www.suninternational.com/maslow

Prochaine étape, à découvrir ici : Durban !

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Vos commentaires

3 commentaires

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  1. Aurora

    Le 5 avril 2013, 21:24

    Une ville historique au passé tumultueux. Ce que la plupart connaisse de Johannesburg (comme moi d’ailleurs) c’est surtout le passé, l’apartheid. Il est peut-être grand temps de faire la promotion de cette magnifique ville et de s’imprégner de son présent et de ses aspirations non?

  2. Vagabondanse

    Le 10 avril 2013, 14:12

    Et bien, c’est ce qu’on appelle de l’article riche et complet ! Merci beaucoup pour ce partage et cette immersion.
    C’est drôle, je ne suis pas attirée plus que cela par Johannesburg; et avec ton article, ca ne me provoque pas le revirement d’envie. Pourtant à lire les premiers paragraphes et toutes les grandes caractéristiques de la ville, étrangement cette dernière me fait penser à Bucarest; j’y retrouve des traits communs, des souvenirs. J’avais été très marquée par ce voyage et j’espère pouvoir aller y retourner. Certes Johannesburg n’est pas Bucarest, mais qui sais, je vais peut être finir par changer d’avis !

    Merci en tout cas pour ce partage !

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